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Les Cahiers de l'ACME

« Inside the 100 Foot Piano » d’An-Ting Chung - précisions de Patrick Ascione

10 Décembre 2007, 11:50am

Publié par Vinciane Baudoux

Suite à la publication le jeudi 6 décembre 2007 sur le site de l’article concernant l’installation sonore de l’artiste An-Ting Chung, nous avons reçu le commentaire suivant du compositeur Patrick Ascione, commentaire que nous portons à votre attention :

Patrick Ascione (c) Jacques Denouail« Cet essai n'est pas nouveau dans son principe : en 1989, lors d'une séance de présentation de mes essais de travaux et de diffusion de pièces électroacoustiques sur 16 pistes réelles fixées sur support, j’ai présenté dans la salle de spectacle MacNab de Vierzon (France), en guise de démonstration de mon principe de polyphonie spatiale et en prélude à un concert en multipiste, un extrait de quelques minutes des Variations Goldberg de Jean-Sébastien Bach au piano.
Il s’agissait alors d’un enregistrement que j’avais réalisé avec un clavier MIDI à partir d’un échantillonneur AKAI S1000 (8 canaux de sortie) reportées sur les 16 pistes d’un magnétophone analogique TEAC ! De la même manière, chaque note du piano était affectée à un seul haut-parleur dans la salle, les hauts parleurs étant disposés autour du public. Ce qui en avait résulté était la constatation que la musique de Bach
dans cette circonstance et la perception de la pièce au piano en avaient été très sérieusement affectées. Au point qu’il devenait presque impossible de reconnaître cette variation à cause de la diffraction (éclatement) dans l’espace de l’unité mélodique et harmonique de la musique... L’oreille et le cerveau ne sachant plus quoi écouter, tant les sources étaient de provenances différentes, et aussi tellement la fluidité mélodique était perturbée ! Cette démonstration avait montré justement que pour que l’intelligibilité d’un discours musical soit épargnée, il fallait véritablement que l’œuvre soit composée pour ce type de projection et en fonction des "aberrations" spatiales du son... Pour l’occasion, François Bayle et Daniel Teruggi avaient été invités à cette expérimentation... »

Merci à Patrick Ascione pour ces précisions, qui sont d’autant plus intéressantes qu’il s’agit de la même pièce de musique - les Variations Goldberg - et que la technologie mise en œuvre est comparable.

Ce qui est, à mon avis, entièrement nouveau dans la démarche d’An-Ting Chung, c’est le fait d’utiliser pour son expérimentation sonore, non pas un simple enregistrement MIDI de la pièce, mais un fichier plus détaillé, qui comporte beaucoup plus de paramètres d’exécution que la norme MIDI - par exemple, en MIDI, l'utilisation de la pédale de prolongation ne transmet que deux paramètres, "ON" ou "OFF", contre 256 niveaux d'utilisation de cette pédale dans le protocole utilisé ici - fichier qui a, de surcroît, été réalisé à partir des paramètres d’exécution de la pièce par un pianiste à la fois célèbre et décédé, Glenn Gould en l’occurrence, cette installation sonore se voulant autant un hommage à Gould et à Bach, qu’une expérimentation sur la spatialisation sonore.

Reste qu’en ce qui concerne la valeur musicale et acoustique de l’expérience, seule l’écoute permettra évidemment d’en juger...

A ce propos, si un des lecteurs de ces colonnes assiste à la présentation de l’installation sonore de Mme Chung ou connaît quelqu’un qui a l’intention d’y assister ce jeudi 13 ou ce vendredi 14 décembre 2007 à New-York, nous serions heureux de pouvoir recueillir ses impressions au sujet de cette performance ; merci de nous écrire via le lien « Contact », situé tout en bas de ce site.

Vinciane Baudoux

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Karlheinz Stockhausen : disparition d’un pionnier de la musique électroacoustique

7 Décembre 2007, 23:32pm

Publié par Vinciane Baudoux

Kralheinz Stockhausen (c) APLe compositeur allemand Karlheinz Stockhausen, pionnier des musiques électronique, électroacoustique et mixte, est décédé le mercredi 5 décembre à l'âge de 79 ans dans la petite bourgade de Kürten (Allemagne), où il résidait, a-t-on appris ce vendredi 7 novembre 2007 par l'Académie des Arts de Berlin, qui vient confirmer l’annonce faite un peu plus tôt par la télévision publique allemande ZDF.

Karlheinz Stockhausen était né le 22 août 1928 à Mödrath, près de Cologne (Allemagne). Il avait perdu ses parents de façon tragique durant la seconde guerre mondiale.

Il était l’un des compositeurs contemporains les plus connus, au même titre que les Français Olivier Messiaen - dont il fut l’élève - et Pierre Boulez - qui était son ami -, ou encore le Hongrois György Ligeti (voir notre article), qui collabora brièvement avec lui au studio de Cologne.
Il laisse derrière lui une oeuvre immense, écrite sur une période de plus de 50 ans.

Stockhausen a commencé à composer dans les années 1950 et est devenu célèbre dans les années 1960 et 1970, notamment avec son « Gesang der Junglinge » (« Chant des adolescents »), écrit entre 1955 et 1956, ou encore avec son « Klavierstücke », une pièce pour piano composée selon les principes de la musique aléatoire. Sur une feuille, 19 cellules musicales sont placées de façon irrégulière ; l’interprète choisi au hasard celle par laquelle il commence l’exécution de la pièce, et ainsi de suite, selon des indications précises de tempo, de nuance et d’attaque. De cette façon, la pièce sera jouée d’une infinité de manières et tous les sons seront exploités, d’où son intitulé au pluriel et non au singulier (littéralement, « Klavierstücke » signifie « pièces pour piano »).
Ce principe de variété dans la répétition de cellules musicales fut entre autres repris - dans un tout autre style musical - par le compositeur « minimaliste » américain Terry Riley (né en 1935) dans sa pièce « In C ».

Stockhausen laisse derrière lui, outre quelque 280 compositions, dont plus de 140  - la moitié - sont des œuvres électroniques et électroacoustiques, de nombreux essais consacrés à la musique.

Stockhausen dans le studio de musique électronique de la WDRCe qui caractérise cette œuvre, outre son gigantisme, c’est d’une part l’utilisation de l’électronique  - rappelons qu’à partir de 1953, Stockhausen a participé aux créations du studio expérimental de musique électronique de la radio allemande WDR (Westdeutscher Rundfunk) à Cologne (fondé en 1951 par Herbert Eimert), studio pour lequel il joua le même rôle pionnier qu’un Pierre Schaeffer ou qu’un Pierre Henry au GRM (Groupe de Recherches Musicales) à Paris -, et de l’autre, le caractère monumental de certaines pièces, dont l’exécution peut nécessiter plusieurs orchestres (« Gruppen », 1955), ou durer très longtemps ; ainsi, l’exécution de son cycle « Licht » se déroule-t-elle sur les sept jours de la semaine.

Kontakte - extrait de la partition
Karlheinz Stockhausen fut l’un des premiers compositeurs de musique électroacoustique à se préoccuper de la spatialisation. Dans sa pièce « Kontakte » (à gauche, un extrait de la partition ) pour piano, percussion et bande, il a placé un haut-parleur au centre d’une grande table ronde qui exécutait six révolutions complètes par seconde. Il a enregistré ces sons en rotation et les a diffusés via un magnétophone multipiste et quatre haut-parleurs disposés autour du public. Cela peut paraître rudimentaire à côté de nos acousmoniums modernes, mais rappelons que ceci se passait en 1958 et qu’il s’agit-là de la toute première spatialisation sonore d’une pièce mixte !

Dans un tout autre ordre d'idées, Stockhausen avait eu l’honneur de figurer sur la pochette mythique du non moins mythique « Sergeant Pepper’s Lonely Hearts Club Band », sur laquelle les Beatles avaient voulu représenter toutes les personnalités qui les avaient influencés.
Pochette de Sergeant Pepper's Lonely Hearts Club Band des Beatles
Karlheinz Stockhausen a été marié deux fois et a eu six enfants.

Cliquez sur le lien suivant pour lire l'interview d'Antonio Pérez Abellan, le claviériste de Karlheinz Stockhausen, par Fabrizio Rota, parue dans le n° 223 des Cahiers de l'ACME (juillet 2005).

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