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Les Cahiers de l'ACME

EMI et Apple s’allient pour faire tomber les verrous de la musique en ligne

10 Avril 2007, 11:33am

Publié par Vinciane Baudoux

Eric Nicoli, Damon Albarn et Steve jobs - (c) EMIBouleversement dans l’univers des majors et de la musique sur Internet : EMI, troisième maison de disque au monde et Apple, leader mondial du téléchargement payant en ligne, ont décidé de commercialiser les titres de la major via le portail iTunes Store d’Apple sans aucune protection logicielle (DRM, « Digital Rights Management », gestion numérique des droits), ce qui signifie que tous les titres EMI commercialisés via le site iTunes Store seront désormais copiables sans restriction.
Le catalogue complet audio et vidéo de EMI - à l’exception notable des Beatles - sera donc disponible sur iTunes Store dans le monde entier dès début mai. D’autres plates-formes de téléchargement légal devraient rapidement se rallier à l’offre de EMI.
Ceci constitue une petite révolution, car depuis l’avènement de la musique téléchargeable sur Internet et l’effondrement inexorable du marché du CD musical (diminution des ventes de CD de 20 % au cours du premier trimestre 2007 par rapport au premier trimestre 2006), les distributeurs n’avaient de cesse d’imaginer des protections logicielles et autres astuces techniques toutes plus sophistiquées les unes que les autres pour empêcher la copie de la musique. Il était clair cependant que cette situation devenait intenable, les sites de partage de fichiers (« peer to peer ») mettant « gracieusement » à la disposition des internautes la plupart des titres en téléchargement (souvent illégal, certes…).
Faire tomber les verrous limitant la copie et l’échange de fichiers musicaux sur Internet tout en vendant cette musique à un prix (relativement) modique restait le seul moyen d’inciter l’internaute à acheter légalement sa musique plutôt qu’à recourir à des sites de téléchargement illégaux. Certes, les labels indépendants avaient déjà franchi le pas en supprimant les DRM l’an dernier, mais les majors se faisaient toujours tirer l’oreille.
EMI est donc la première à se lancer et proposera son catalogue au téléchargement sur iTunes Store à 1,29 $ ou à 1,29 euros le titre (contre 99 cents ou centimes le titre pour la version « bridée », impossible à copier, du même morceau). Cerise sur le gâteau, pour justifier ce prix de 25 % plus élevé, la version non protégée sera de meilleure qualité (encodage en 256 KB) que la version protégée du même titre (encodage en 128 KB).
Mais le titre reste cher et le prix d’un album téléchargé complet - autour de 20 euros - n’est pas vraiment compétitif par rapport à celui d’un album commercialisé sur CD, lui aussi copiable à l’envi, fourni avec boîte et livret, et offrant en général plus de titres.
En agissant de la sorte, EMI et Apple dament tout de même le pion à leurs principaux concurrents. Ainsi, la stratégie commerciale développée par Universal Music, qui a obtenu que Microsoft lui verse un pourcentage sur les ventes de son baladeur Zune, se dégonfle comme un soufflé : qui aurait envie de payer pour acheter de la musique dans un format « propriétaire » quand pour quelques cent(ime)s de plus, on peut s’offrir de la musique « déverrouillée » de meilleure qualité, transférable d’un modèle de baladeur à l’autre ?
Si les autres majors pleurent, car elles vont devoir tôt ou tard s’aligner sur la politique développée par Apple et EMI, les sites de téléchargement légaux comme Fnac.com ou Virginmega.com sont, eux, à la fête : cela faisait des mois qu’ils réclamaient à cor et à cri une telle mesure, qui rendra enfin plus attractif le téléchargement légal de musique en ligne.
Ce qu’il faudra voir à moyen terme, c’est si cette seule décision suffira à compenser chez les distributeurs la dégringolade du CD. Pour lutter contre la tentation de la musique « gratuite » proposée par les réseaux P2P, les distributeurs de musique en ligne « payante » devront jouer sur des critères tels que l’originalité et la taille de leur catalogue, la qualité d’encodage de la musique proposée, la convivialité du service offert au client, etc.
Les distributeurs pourraient également rattraper le manque à gagner provoqué par la perte de vitesse du CD grâce aux bénéfices des tournées (actuellement, certains artistes français gagnent plus en tournée que par la vente de leurs albums - du jamais vu !) et au marchandisage ; en effet, on n’a pas encore à ce jour trouvé le moyen de proposer des T-shirts « pirates » au téléchargement sur Internet…
En résumé, il faut voir cette évolution - sans doute irréversible - de la distribution de musique en ligne non pas comme un coup fatal porté au marché, comme semblent le penser les majors, mais plutôt comme un défi à relever afin de créer de nouveaux modes de distribution et de communication. Restons optimistes donc, et espérons que cette ouverture de la musique en ligne redonnera un certain dynamisme à un marché de la distribution musicale qui avait peut-être trop tendance à s’endormir sur ses lauriers.

Vinciane Baudoux.

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